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Des lions et des hommes

Il est paru le 6 octobre 2017. Pour un  lectorat à partir de 10-11 ans...

Et il représente le rêve que je poursuis depuis l'âge de 10-11 ans ;-)

 

Emergences

 

Les sentiers de la création sont sinueux, emplis d'obstacles et de jaillissements.

"Le problème de celui qui crée, problème sous le problème de l'oeuvre, c'est peut-être - qu'il en ait fierté ou bien honte secrète - celui de la renaissance, de la perpétuelle renaissance, oiseau phoenix renaissant périodiquement, étonnement, de ses cendres et de son vide."

Henri Michaux (Emergences-résurgences - Champs Flammarion, 1972).

Est-ce un problème ? Je vois plutôt cette réalité comme un uppercut permanent. Il s'agit de lever les yeux, regarder le ciel, puis la terre, la malaxer et parler aussi - aux humains, aux animaux, aux arbres -, puis affronter la page, l'émail des mots, leurs coques, les remplir de nouveau.

Il y a quelques nuits, j'ai rêvé d'un texte, d'une fable plus précisément, si fortement que les phrases bruissaient à mes oreilles, me réveillant et, dans un demi-sommeil, j'ai écrit : un texte court, "premieres lectures", pour petitouts en quête de mots. Ce genre de moments est surprenant. L'histoire qui s'écrit ainsi, seule ou presque.

Presque.

 

Amis-Mots

 

 

"S'ouvre la porte, entre une biche,

Mais cela se passe très loin,

N'approchons pas de ce terrain,

Evitons un sol évasif.

 

C'est la ville des animaux

Ici les humains n'entrent guère,

Griffes de tigre, soies de porc

Brillent dans l'ombre, délibèrent." ...

 

Jules Supervielle et ses mots limpides.

Dommage, parfois, qu'ils soient récités sans qu'on y perçoive l'étoffe des "amis-mots". A l'école. Tel est le jeu de ce miroir déformant qu'est l'exercice de la récitation sans inspiration proposée, encouragée. La poésie ne devrait jamais être un exercice de "par coeur", elle qui vient du coeur.

L'expérimentation artistique, comme enjeu de transmission pédagogique : l'un de mes chevaux de bataille, une cavalcade trop lente à mon goût, mais le temps est nécessaire pour poser les jalons. L'atelier d'écriture, la formation à l'animation d'ateliers d'écriture, sont devenus mes domaines de prédilection lorsque je n'écris pas.  Quittant ma casquette d'auteur solitaire, je me confronte à divers groupes de passionnés et engagés, souvent des professionnels de l'accompagnement qui souhaitent, eux aussi, forger des mots et aider autrui à forger. La métaphore du forgeron... oui. Ce fil, cette transmission, implique que de mon côté, je ne cesse d'apprendre également, et continue à m'émerveiller du monde.

C'est vital.

(C) AJD - Piou

 

 

Ecrire, dessiner, peindre, sculpter, chanter, composer... S'engager, résister et...

 

... risquer de se faire tuer ?

Etre tué ? Abattu ?

Hier, mercredi 7 janvier 2015, l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo a décimé :

Des artistes. Des penseurs. Des humanistes certes provocateurs parfois, mais avec le sourire et le rire ; le crayon et la plume.

Mots qui désarment… Armes pourtant ?

Larmes de sang.

Détonation.

Choc, déflagration, choc, indignation, choc, interrogations, choc, détermination.

Rire ? Oui. Pas toujours de tout, mais tenter, dédramatiser, poétiser, s'envoler... peut-être parfois pour compenser ? Equilibrer ? Rééquilibrer ? Chercher, quêter, aller vers... Tendre la main, sourire, rire encore, partager.

Etre(s) humains.

Ces moments terribles qui suivent un attentat nous ramènent à notre condition d'êtres de poussière créatifs... du pire comme du meilleur.

Humilité.

Réflexion.

Ecrire, dessiner, peindre, composer, sculpter encore et encore...

 

Une nouvelle année d'écriture

Rien ne passe plus vite qu'une année, dit-on... De plus en plus vite, semble-t-il.

Free-lance, je partage mon temps de travail entre trois activités : l'écriture, la traduction et la formation. Dans ces trois domaines, la même exigence, la même passion et l'envie d'avancer, de ne pas me répéter, de continuer à apprendre - désapprendre pour mieux apprendre, découvrir, me remettre en question, esquisser du nouveau.

Parfois, la vie freine ces élans : la réalité vient heurter les émotions et les pensées, idées, objectifs qui nourrissent mes pratiques. Temps de patience. Temps d'humilité. Puis la vie invite à passer de nouveau la troisième vitesse, puis la quatrième, la cinquième (et l'overdrive ?!)...  Se tournent les pages, les idées... Et recommencent les partages. 

 

(C) AJD

 

 

 

 

                              

Poésie et hasard n° 4

"C'est un des derniers soirs de juillet. Nous dînons avec le père et la mère sous les tilleuls devant la maison. Roman, au dessert, fait part de sa décision : changement de cap, il se lance dans la littérature, il faut bien qu'il y ait autre chose que des notaires dans la famille. Je baisse les yeux sur la tarte aux mirabelles. Les parents se taisent. Je sens le plomb de leur regard sur moi..."

Christian Bobin - La folle allure, éditions Gallimard, 1995.

Poésie et hasard n°3

Le hasard de cet instant m'invite à la page 41 d'Emergences-Résurgences d'Henri Michaux (Champs-Flammarion, 1972) :

"Je ne délibère pas. Jamais de retouches, de correction. Je ne cherche pas à faire ceci ou cela ; je pars au hasard dans la feuille de papier, et ne sais ce qui viendra. Seulement après en avoir fait ces quatre ou cinq à la suite, parfois je m'attends à voir venir par exemple des visages. Il y a des visages dans l'air. De quel genre ? Aucune idée.

...

Mais après des mois, des semaines, si je les regarde...

Non, je ne veux pas faire le détective.

L'oeuvre doit rester le "black vox". Vivante ou pas. C'est tout. Si elle ne l'est pas, au panier!

Le problème de celui qui crée, problème sous le problème de l'oeuvre, c'est peut-être - qu'il en ait fierté ou bien honte secrète - celui de la renaissance, de la perpétuelle renaissance, oiseau phoenix renaissant périodiquement, étonnamment, de ses cendres et de son vide."

La poésie d'après Marguerite Yourcenar

Au hasard n°2

Au hasard de ma bibliothèque, aujourd'hui, j'ouvre... Les yeux ouverts de Marguerite Yourcenar (éditions du Centurion, 1980)

Question de Matthieu Galey :

- Mais pourquoi vous être intéressée aux poètes, plutôt qu'aux philosophes, par exemple ? Vous considérez-vous comme un poète ?

- Au sens où j'entends le mot poète, oui, répond MY. Pour moi, un poète est quelqu'un qui est "en contact". Quelqu'un à travers qui passe un courant. Mais, en définitive, la poésie et la prose se ressemblent énormément. La prose est pleine de rythmes sous-jacents, qu'on découvre très vite si l'on fait attention. Seulement la poésie, c'est là où je crois que le poète moderne se trompe, repose sur des effets répétitifs, qui sont capables de jouer un rôle incantatoire, ou du moins de s'imposer au subconscient. Une poésie sans rythmes immédiatement perceptibles n'établit pas ce contact nécessaire au lecteur.

Poésie et hasard

Hasard n°1

En passant devant ma bibliothèque, je prends un ouvrage, au hasard, et l'ouvrant également au hasard, lis quelques pages, là où mon regard se pose et... partage.

 

Aujourd'hui : Vrouz, de Valérie Rouzeau (éditions Jacques Bonnaffé)

"Dans mes chaussures sans trop suer

Au rayon des fruits légumes frais

Je croise un copain voisin mien

Son regard tombe sur les semelles

A plat au fond du panier tiens"...